Skip to main content

« Il est important de repenser les choses, d’apporter du nouveau, mais cela dépend de la région dans laquelle vous vous trouvez. »

Le 27 juin est la Journée des microentreprises et des petites et moyennes entreprises. Les microentreprises jouent un rôle primordial dans la concrétisation des objectifs de développement durable. Elles représentent plus de 90% du nombre total d'entreprises, de 60 à 70% des emplois dans le monde et elles jouent un rôle majeur dans la réduction de la pauvreté. Aboubacar Camara est un entrepreneur social dans le domaine de l’accès à l’eau potable et de l’hygiène à Conakry, en Guinée. Travailler dans le domaine de l’eau n’est pas facile, car il y a beaucoup d’obstacles. Dans une interview, Aboubacar parle de son expérience professionnelle en tant que micro-entrepreneur social.

Aboubacar Camara avec son équipe

1.     De quoi a-t-on besoin pour commencer une microentreprise dans le secteur de l’eau ?

Dans le cas d’une microentreprise dans le secteur de l’eau, il faut bien sûr être passionné pour le sujet, et c’est indispensable pour la survie de votre entreprise. Le secteur est en perpétuel mouvement. Vous savez, les questions d’eau dans un pays comme le nôtre sont très complexes, et il vous faut donc proposer des solutions qui tiennent la route, qui perdurent. Il va donc falloir être innovant.

Entreprendre dans l’eau est domaine très particulier, l’un des éléments les plus importants c’est savoir s’il y a un besoin, une demande forte et l’environnement. Vous savez depuis plusieurs décennies, les gouvernements et institutions internationales se sont beaucoup plus focalisés sur la quantité que la qualité. Mais aujourd’hui, avec les maladies imputables à la gestion de l’eau, la qualité se replace au centre des préoccupations en fonction des localités. Donc l’un des éléments clés qu’un entrepreneur de l’eau aura besoin, c’est de savoir est-ce qu’il y a un problème lié à l’eau dans la région, quelles sont les données dont ils disposent qui justifient l’intervention, qui lui donne l’envie d’entreprendre. Ça c’est le premier critère.

Ensuite, il y a les partenaires et autres acteurs présent, travaillant déjà dans le domaine, qu’est-ce qui manque au service rendue, notons que l’une des choses les plus difficiles dans l’entrepreneuriat c’est comment rendre le service client. Est qu’il y a de l’innovation à apporter dans le domaine ? Si oui, alors il peut se lancer.

2.    Quel obstacle persistant est-ce qu’on rencontre dans le secteur de l’eau en Guinée ?

La situation de l’eau en Guinée est paradoxale, avec une abondance de ressources en eau mais une difficulté réelle pour ce pays de couvrir les besoins en eau de sa population. La qualité de l’eau est aussi préoccupante, on constate notamment dans certaines régions, notamment côtières, une forte concentration en fer et une salinité de l’eau. La Guinée à connus plusieurs épidémies de choléra, la dernière en date fut 2012.

Le plus inquiétant aujourd’hui en matière d’eau, c’est qu’il a une proportion importante de la population qui utilise encore l’eau de surface non traitée. A cela s’ajoute la faiblesse de sensibilisation de structures chargées de la gestion de l’eau pour amener les populations à consommer de l’eau potable de qualité. La prolifération des unités de production d’eau avec qualités douteuses viennent s’ajouter aux panoplies de problèmes que nous rencontrons.

3.    Qu’est-ce que vous avez appris de la gestion de votre entreprise ?

Croire qu’il faut axer les interventions sur les zones rurales (et donc pauvres), là où le besoin est le plus poignant, est une erreur. Il est important de se réaliser que son marché peut se trouver n’importe où, et qu’il ne faut pas forcément se concentrer sur ceux qui en tireraient les plus grands bénéfices. C’est crucial pour la survie de l’entreprise.

J’ai aussi appris que les entreprises de l’eau, sont des institutions sociales en faillites permanentes qui ne tiennent que par la bonne foi des initiateurs. Dans les pays ou le problème de l’eau se pose avec acuité, il est conseillé d’être un partenaire stratégique du gouvernement pour capitaliser les données.

4.    Qu’est-ce qu’il faudrait pour faire progresser votre business ?

Le modèle économique de mon entreprise Tinkisso a déjà énormément évolué et nous permets maintenant de répondre à la demande. Avec l’épidémie de choléra et Ebola que la Guinée a dû affronter en 2016, nous avons su montrer que Tinkisso avait les compétences techniques et organisationnelles pour répondre à la demande du gouvernement et UNICEF. Nous avons maintenant par contre perdu tout soutien du côté politique qui revient vers nous seulement en cas d’urgence. Au niveau de notre modèle d’entreprise, nous avons maintenant totalement adapté notre porte folio de produits pour répondre à la demande guinéenne sur l’hygiène et le traitement de l’eau à domicile. Nous avons aussi créé d’autres produits complémentaires pour répondre à la demande des villes mais aussi des zones rurales. Nous avons maintenant besoin de soutien financiers et politiques qui souhaitent s’engager sur une vision long terme d’acteur locaux, créant de la valeur dans le pays et assurant l’autonomie en chlore. Depuis 2010, la fondation Antenna soutien nos activités dans ce cadre et nous a apporté autant des solutions techniques qu’économiques. Cette partie a été clé dans le développement de nos compétences et surtout pour assurer indépendance de Tinkisso. Ce genre d'engagement à long terme est essentiel pour mettre en place un modèle d'entreprise durable. Nous avons maintenant besoin de diversifier nos financements et de nous tourner vers d’autres acteurs complémentaires. 

5.    ‘Innovation’ est à notre époque un mot-clé ; de quelle innovation rêvez-vous ?

Aujourd’hui, il est important de repenser les choses mais cela dépend de la région dans laquelle vous vous trouvez. Alors qu’en Europe, on fabrique des véhicules sans chauffeur, chez moi, en Guinée, il n’y pas de route, pas d’hôpitaux… alors à quelle innovation doit-on penser ici ? Il nous faut d’abord éduquer les gens, les amener à comprendre les choses essentielles.

Je souhaite innover dans le lutte contre les maladies hydriques, c’est comment amener chaque femme éduquée, instruite à parrainer d’autres femmes d’adopter des comportements sains, j’y tiens énormément. J’ai déjà commencé le projet, il s’agit de montrer à ces femmes qu’avec de la motivation, de leur implication, elles peuvent améliorer les conditions des femmes et des familles en zone rurale. Le système de parrainage d’amélioration de la qualité de l’eau.