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Mettre en place des services d’assainissement communaux : l’importance d’avoir des institutions fortes

Published on: 27/11/2015

Le programme SaniEst, mis en place depuis 2014 au Burkina Faso, a pour objectif la constitution d'une offre et d'une demande d'assainissement pérenne dans 6 communes à l'Est du pays. Après une année de mise en œuvre, l'expérience démontre l'importance d'avoir des institutions solides. Quelques constats.

SaniEst (2014-2017) est un programme d'assainissement familial co-financé par l'Union Européenne pour être mis en œuvre dans 6 communes de la province de la Gnagna au Burkina Faso. Il s'exécute en collaboration avec Helvetas et les 6 communes. Ce programme a pour objectif de :

  1. développer une dynamique communautaire durable d'amélioration de l'hygiène et de l'assainissement ;
  2. renforcer les institutions publiques dans l'acquisition des compétences par expériences en développement des services d'hygiène et d'assainissement à l'issue du projet ;
  3. améliorer les pratiques des opérateurs d'assainissement ainsi que du business de l'assainissement au Burkina.

En 2014, seulement 18% des ménages utilisent régulièrement des latrines améliorées dans les 6 communes et 37% des ménages réunissent les conditions pour la pratique de lavage des mains, soit le double des ménages utilisant régulièrement des latrines améliorées. La disponibilité du savon reste l'élément de blocage des bonnes pratiques de lavage des mains. L'assainissement n'est pas seulement une question de construction de latrines, mais doit être envisagé dans la perspective d'accessibilité, d'usage, de fiabilité et d'impact environnemental. De plus, elle n'est pas que l'affaire des ménages ; les décideurs, les leaders d'opinion et les professionnels locaux doivent être impliqués. Une évaluation des causes de consultations conduite en 2015 dans les centres de santé et de promotion sociale (CSPS) indiquent que 7% des consultations enregistrées en 2014 ont directement pour motifs des maladies d'origines hydriques.

Année 1: développer la demande et les infrastructures

Le programme repose sur la mise en œuvre de l'ATPC adapté au contexte du Burkina Faso. Ainsi, les méthodes de sensibilisation sont directement tirées de l'approche ATPC, mais compte tenu du niveau de pauvreté des populations et afin d'illustrer par l'exemple, certains ménages bénéficient de subventions (en matériaux et main d'œuvre).

Le recensement des opérateurs locaux (maçons, hygiénistes ou associations d'intermédiation sociale, opérateurs de radios rurales, fournisseurs de matériaux) au niveau de chaque commune a constitué une première étape dans le développement de la demande. Ainsi, 260 maçons ont été formés, la filière d'approvisionnement en matériaux est en place via 6 fournisseurs, ce qui a permis à la finalisation 3780 latrines et 84 douches puisards (en date de Septembre 2015). De plus, 200 hygiénistes ont été formés et ont effectué des visites de sensibilisation à domicile sur l'utilisation et l'entretien des latrines et le lavage des mains.

... mais pas de pérennité sans autorités

Cette réussite cache un certain nombre de difficultés. En effet, il ne peut y avoir de développement d'une offre pérenne de services d'hygiène et d'assainissement sans implication des acteurs institutionnels que sont les communes (autorités responsables du service) et les services techniques régionaux et centraux de l'assainissement (la DGEAUE et la DREAHA-ESt), de l'hygiène et de la santé (la DGS et la DRS-Est).

Or, en Octobre 2014, le régime en place fait face à un soulèvement populaire qui le fait chuter. Les institutions sont défaites et un organe de transition est mis en place pour une durée d'une année environ. La dissolution des conseils communaux et la destitution des maires s'en suivent, ainsi qu'une réforme institutionnelle au sein du Ministère en charge de l'eau et de l'assainissement. Ce bouleversement impacte négativement sur le volet pérennité du programme SaniEst, comme d'ailleurs sur tant d'autres dans le pays.
Ainsi, la Mise en place des Commissions Communales de l'Eau et de l'Assainissement (CCEA), la formation des responsables communaux sur le développement des services d'hygiène et d'assainissement et l'élaboration du cadre et des modalités de suivi-évaluation de l'hygiène et de l'assainissement familial par les communes sont autant d'activités qui ne pourront être menées qu'en 2016, après les municipales et installation des conseils communaux.

De même, l'évaluation des capacités et performances des services techniques étatiques déconcentrés (DREAHA-Est et DRS-Est), l'élaboration du cadre et des modalités de suivi – évaluation de l'assainissement familial par la DREAHA–Est et la DRS-Est, l'accompagnement de la DREAHA-Est et de la DRS-Est pour la coordination régionale de l'hygiène et de l'assainissement familial et l'accompagnement de la DGAEUE pour l'amélioration de la coordination et du dialogue avec les acteurs stratégiques auront cours en 2016.

Ces bouleversements politiques, quoique temporaires, compromettent l'articulation du programme, puisque celui-ci se termine en 2017. De plus, ils impliquent de recommencer à zéro avec de nouveaux maires, de nouveaux techniciens et une nouvelle structure. Et enfin, ils démontrent que sans stabilité au niveau des autorités, on peut toujours construire des latrines mais on ne peut pas envisager de développer les mécanismes qui permettront leur usage, leur promotion et leur réhabilitation sur la durée, bref, leur appropriation sociale.