Skip to main content

Le défi de la mesure des changements de pratiques d’hygiène

Published on: 14/09/2014

IRC a mis à jour son échelle de mesure d'efficacité des interventions d'hygiène, qui décompose les pratiques d'hygiène en catégories permettant de situer les comportements d'un bénéficiaire entre un "avant" et un "après" une intervention.

Pendant de nombreuses années, le secteur AEPHA a effectué le suivi des activités mises en œuvre par le biais d'indicateurs facilement mesurables : compter le nombre de latrines construites par tel projet d'assainissement, la quantité d'eau délivrée par une nouvelle pompe ou encore le nombre de sessions publiques de promotion à l'hygiène menées dans un village. Si ces interventions constituent de très bons indicateurs d'activités, ils ne permettent cependant pas de mesurer un élément clé : quel est le niveau de service reçu par les bénéficiaires? Quant est-il de l'adoption de nouvelles pratiques d'hygiène accompagnant la mise en place d'interventions ?

Le cas délicat des interventions d’hygiène

S'intéresser à l'adoption de nouvelles pratiques ou aux changements de comportements pourrait signifier que c'est la composante « hygiène » d'un programme AEPHA qui est analysée, soit typiquement le lavage des mains, mais non. Une intervention d'hygiène est par définition une intervention qui a un impact sur l'adoption de pratiques hygiéniques. De ce fait, une intervention d'hygiène peut concerner la mise en œuvre d'un point d'eau, d'une latrine ou d'une station de lavage des mains, ou bien un programme combinant une ou l'autre de ces composantes. Par exemple, la construction d'une latrine et les campagnes de sensibilisation encourageant son usage peuvent avoir un impact direct sur la pratique consistant à déféquer à l'air libre.

Ainsi, évaluer le résultat, l’effet ou l’impact d’une intervention d’hygiène demande de considérer à la fois les équipements préalables aux changements de comportements et les comportements eux-mêmes. Il s’agit non seulement d’évaluer le service rendu par une latrine (par exemple), mais aussi d’évaluer comment les bénéficiaires l’utilise (ou non), le tout dans la durée. C’est là toute la difficulté de l’évaluation de l’efficacité des interventions d’hygiène.

Certes, des méthodes d’analyse existent déjà. Mais évaluer les comportements et leurs changements dans le temps ne peut être scientifiquement validé que par des études longitudinales (observations sur plusieurs années), méthodes qui sont rarement envisageables dans le cadre de projets de développement.  Depuis 2008, IRC travaille à l’élaboration de méthodes de mesure des services d’eau potable et d’assainissement délivrés aux populations, et tente d’appliquer ces méthodes au monde de l’hygiène, avec pour objectif de trouver une façon d’analyser le changement de comportements à court terme ainsi que les coûts associés à ces changements (pour de plus amples détails sur la dimension financière, veillez consulter « Assessing hygiene-cost effectiveness : a methodology », ainsi que les autres travaux d’IRC sur l’approche des couts à long terme sur le site de WASHCost (voir les liens ci-dessous).

Les pratiques d’hygiènes clés considérées par IRC comme étant représentative d’un changement de comportement pour une intervention dans le domaine de l’AEPHA sont :

  1. L’utilisation par l’ensemble du ménage de latrines améliorées en tout temps ;
  2. Le lavage des mains au savon aux moments critiques ;
  3. Le captage et la gestion sure de l’eau de consommation.

D’autres comportements sont également explorés, notamment la réutilisation des excrétas confinés par les latrines EcoSan (fait l’objet d’un autre blog – lien ci-dessous).

Développement d’une échelle de mesure des pratiques d’hygiène

Comment avons-nous procédé pour mesurer les changements de ces pratiques ? En les déconstruisant et les regroupant en catégories qui couvrent le spectre des pratiques non hygiéniques aux pratiques idéales. Illustrées à l’aide d’une échelle, elles permettent de situer un bénéficiaire sur le spectre des pratiques analysées. Il devient ainsi possible de comparer un « avant » et « après » une intervention, en d’autres termes, mesurer l’efficacité d’une intervention d’hygiène.

 

L’échelle de mesure des pratiques d’hygiène présente 4 niveaux. Dans le cas des pratiques non-hygiénique, les membres du ménage n’ont même pas accès aux équipements de base : pas de latrine, pas d’unité de lavage des mains, pas de source d’eau sure au niveau du ménage ou d’unité de traitement de l’eau pour l’eau de boissons. A l’autre extrémité de l’échelle, les pratiques idéales vont au-delà des recommandations normatives et toutes les conditions sont réunies. Entre ces deux extrêmes, on trouve :

  • Des pratiques acceptables, qui reflètent le standard minimal répondant aux normes nationales et internationales,
  • Des pratiques transitoires qui, sans être acceptables, soulignent une volonté, un début de changement de pratiques.  Ce niveau est important, car il permet de capter l’amorce d’un changement de comportement, même s’il est insatisfaisant.

Cette méthode, testée dans une première version dans 3 pays (Burkina Faso, Ghana et Mozambique) et ensuite dans 4 autres pays (Sierra Leone, Bangladesh, Ethiopie et Bouthan) est constamment améliorée, et elle permet d’appréhender la mesure du changement de pratiques de façon réaliste et accessible pour les acteurs de terrain. Cependant, dans un contexte où les interventions d’hygiène sont menées sur des relatives courtes périodes, cette méthodologie ne permet pas d’observer les changements à long terme. A défaut d’avoir des organes de santé publique ayant les moyens d’assurer un tel suivi, ce sont les ONGs et les autres acteurs du développement qui semblent être les mieux placés pour suivre les changements de pratiques.  

Nous explorerons les résultats de l’application de cette méthode lors de prochains blogs, mais il suffit de dire que la provision d’équipement seule n’est pas suffisante pour initier un changement de comportement (encore moins pour le maintenir). Pire encore, les méthodes  de promotion et de changements de comportements utilisées par les ONG ne fonctionnement pas systématiquement, et ce même à court terme (2 ans).

Mesurer l’efficacité d’une intervention s’avère utile, mais il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg. Il reste à maitriser les méthodes permettant de mieux comprendre les mécanismes sociaux et psychologiques inhérents aux changements de comportements. Le secteur AEPHA a tout avantage à développer davantage de synergies avec le monde de la santé pour assurer que l’équipement mis en place soit correctement utilisé et que les usagers en tirent des bénéfices réels, à court et à long terme.

Mélanie Carrasco et Amélie Dubé, IRC

Resources