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« Peut-on éviter les programmes de réhabilitation ? »

Published on: 23/06/2014

Au cœur de la discussion, le fait que les bonnes intentions ne suffisent pas : les pannes précoces des infrastructures d'eau dans les zones rurales et les villages des pays à bas revenu est un problème bien connu de tous les membres de l'assistance. Mais en pratique, que peut-on faire pour éviter de gaspiller les investissements dans l'entretien des infrastructures ? Peut-on éviter les programmes de réhabilitation ?

Des participants venus du monde académique, des ONG, des prestataires de services , des entreprises privées et des start-ups ont contribué au débat qui s'est tenu le 3 juin dernier au 7AM à La Haye. Patrick Moriarty, CEO d’IRC, a ouvert la session et Erma Uytewaal a animé la discussion.

Gestion des infrastructures et approche des coûts à long terme

Catarina Fonseca, d’IRC, a posé les bases de la discussion en présentant quelques exemples de systèmes d’adduction en eau potable qui avaient subitement arrêté d'alimenter des villages entiers. Cela l’a  amené à aborder la question de la durabilité. Une animation a été projetée pour expliquer l’approche des coûts à long terme, qui se veut une meilleure méthode de financement et d'investissement des services. Il s’agit d’inclure les données liées aux coûts dans les processus de planification et de budget, afin de diversifier les investissements et tenir compte du cycle de vie d’un service, et non plus seulement des dépenses d’investissement initiales : une fois les infrastructures d’eau et d’assainissement mises en place, elles devront être entretenues sur la durée. Catarina a expliqué pourquoi l’entretien des équipements (la maintenance) est indispensable pour la durabilité, et pourquoi la gestion des infrastructures est un élément crucial pour surmonter les pics de dépenses liés aux grands travaux d’entretien des infrastructures d'approvisionnement en milieu rural dans les pays à bas revenu.

La gestion des infrastructures d’eau en milieu rural en Centrafrique : l'expérience de Water for Good

Jon Allen, de l'ONG Water for Good, nous a exposé la réalité du terrain en République centrafricaine. Dans ce pays pauvre à l’économie essentiellement agricole, le système bancaire est très rudimentaire ; la plupart des zones rurales ne reçoivent même pas de signal téléphonique mobile. Le manque de fournitures et de matériel, ajouté à la mauvaise qualité des routes, rendent les services d’AEPA très coûteux. En outre, le pays est plongé dans une guerre civile, qui a transformé l’aéroport de Bangui en camp de réfugiés. Et tout d’un coup, Water for Good se retrouve dans une zone de conflit.

La gestion des infrastructures fait partie du rôle de Water for Good. Comme l’explique Jon Allen : « Ça s'est fait naturellement. Avec la croissance de nos activités dans le pays, nous avons voulu mettre l’accent sur la maîtrise des dépenses, des coûts et de l’efficacité. Il a fallu mettre en place un système de gestion du matériel, puisque personne ne savait au juste quand commander les pièces de rechange. » L'ONG a alors commencé à rassembler des informations sur l’équipement et le financement de leurs différents projets, puis elle a compris ce qu’il fallait faire : « Le problème était le manque de financement cohérent ; en conséquence, le service lui non plus ne pouvait être cohérent – et personne ne veut payer pour un mauvais service. »

À l'heure actuelle, quatre équipes sont sillonnent le pays pour un mois pour passer en revue 80 à 200 pompes manuelles. Dès leur retour, les données collectées seront saisies dans un système informatique qui servira à effectuer leur suivi. Comme on le voit sur le site de Water for Good, il existe 960 sites alimentés par de tels points d'eau, et les pompes fonctionnent 86% du temps. L'objectif est d’établir un financement entièrement national, grâce à des partenariats public-privé ; pour l’instant, à cause de la guerre civile, Water for Good doit se contenter de dons caritatifs.

La gestion des infrastructures de Vitens-Evides International dans les villages du nord de l'Ouganda : la relation entre investissement et exploitation-maintenance

Harold Muller, de Vitens-Evides International, a tenté de répondre aux questions suivantes : Pourquoi les équipements d’eau connaissent-ils si souvent des défaillances précoces ? Pourquoi tant d’installations ne fonctionnent plus ? D’après lui, on se concentre trop sur la couverture géographique plutôt que sur la couverture totale des coûts. En outre, on manque de connaissances sur la bonne façon d’entretenir et d’exploiter les systèmes, ce qui fait que les besoins de l’exploitant ne se traduisent pas en investissements appropriés. Harold a souligné qu’il est impératif d'inclure les pièces détachées dans les appels d’offres, et d'aider les gens à comprendre comment entretenir et exploiter le matériel. Il conseille également d’y d’inclure un programme de maintenance et de formation ; un modèle d’exploitation  qui prend en compte les coûts  de différents scénarios; de clarifier le processus d’investissement ; et de surveiller le processus d’exploitation et de maintenance.

En définitive, la gestion des infrastructures ne commence pas par un outil ou une procédure détaillée, mais par l'état d'esprit des prestataires de services.

Doit-on – peut-on – éviter les programmes de réhabilitation ?

Beaucoup pensent que les programmes de réhabilitation devraient être évités (ou, tout au moins, réduits). Durant la discussion, les participants ont cherché des solutions pour assurer une meilleure gestion des infrastructures, et trouver comment – et par qui – la financer. La réponse semble résider dans trois piliers : attitude, compétences et échelle envisagée.

L’« attitude » désigne la vision à long terme : « Nous devons nous concentrer sur la fourniture de services et sur la gestion en continu des infrastructures dans lesquelles nous avons investi ». C'est en partie une question de motivation et d'incitation, mais il s’agit aussi de préciser où se situent les différentes responsabilités qui composent la maintenance au sens large.

Le besoin d'investir dans les compétences nécessaires à la maintenance est lié à l’attitude, mais aussi à l’usage de technologies pertinentes pour le contexte, pour les exigences en matière de maintenance et à l’existence d’un réseau de distribution de matériel de rechange. Certains participants estiment que les programmes de réhabilitation peuvent se fonder sur des technologies fiables « combinées à un système régional d’installation et de suivi-évaluation assuré par le secteur privé, dans un but lucratif ».

Enfin, une certaine économie d'échelle est nécessaire ; la densité influence également les responsabilités liées à la gestion des infrastructures. En effet, à l'échelle d'une ou deux pompes manuelles ou d’un petit système, celle-ci s’avère très problématique. Le prestataire doit, en principe, être responsable de la gestion des infrastructures de son périmètre, mais en fin de compte, la capacité à générer des profits et à couvrir les frais est cruciale : c'est ce qui motive les marchés plus que toute autre chose. Les programmes de réhabilitation ne pourront pas être supprimés partout, car certains marchés ne permettent actuellement pas aux entreprises de gagner de l’argent. Dans ce cas, les infrastructures tombent nécessairement en panne puisque personne ne paie pour la maintenance; et différentes structures prendront ensuite en charge les programmes de réhabilitation. On ne sait pas exactement qui financera la gestion des infrastructures ; les prix de vente ne suffisent en effet pas toujours à couvrir les pannes imprévues. Il existe des exemples de gestion des infrastructures financée par l’impôt, mais dans la plupart des cas cités, elle est couverte par des transferts. D’autres mécanismes de financement, de type assurance, sont à l'essai au Ghana, mais on reste en terrain inconnu pour les zones rurales et les villages.

Le message à retenir de cet après-midi est que sans changement de mentalités, rien n'est possible. Ce qui pousse les ONG et les autres prestataires à adopter l’approche des coûts à long terme est la volonté de fournir des services assez performants pour que la population accepte de payer pour ces services. En conclusion, Patrick Moriarty a réitéré que « la réhabilitation est synonyme de mauvaise gestion des infrastructures ».

Compte-rendu par Jenda Terpstra de la table ronde organisée par IRC le 3 juin 2014.

A propos des événements d’IRC :

IRC organise à La Haye des manifestations thématiques ouvertes à tous les intéressés. Elles visent à tisser des liens entre professionnels et à débattre de sujets d’actualité dans le domaine de l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Elles sont prospectives et multidisciplinaires par nature et veulent mettre en valeur les dernières découvertes des gouvernements, des ONG, du secteur privé et du monde académique.

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Pour en savoir plus sur nos précédents événements lisez l'article : Perspectives pour l'approvisionnement en eau en zone rurale : « La fin de la pompe manuelle ? » - débat d'hiver IRC

Source : http://www.ircwash.org/news/can-we-avoid-rehabilitation-programmes