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RIO+20 vu d’un camp peul

Published on: 27/03/2012

Un camp peul dans la commune de Kandi au Nord du Bénin. Une concession de quatre cases de terre battue coiffées en paille de chiendents au cœur des champs de mil et de sorgho. A côté, un grenier de sorgho en forme d'entonnoir. Un arbre de karité se dresse dans la cour où jubilent des enfants aux torses nus.

Là, des poules caquettent. Ici, les chèvres, les moutons et les pintades partagent la cour avec les hommes et les insectes. Un des enfants court saisir le mille-pattes qui longe le bois de chauffage qui se tenait près du foyer en argile et crépi d’excréments de bœufs.

Une femme, des pagnes jaunes et rouges autour du torse une charge de perles au cou. L’avant-bras couvert d’un tuyau de bracelets. Le tout sur un corps frêle avec une tête que coiffe une tresse en natte couverte par une toile. Elle se charge de la calebasse et se dirige vers l’étable où beuglent les taureaux et les vaches. Elle s’incline et trait quelques vaches toutes maigrelettes en raison de la sécheresse et saisit ensuite une autre calebasse où elle verse une partie du lait. Cette dernière calebasse de lait servira à faire du fromage.

Son époux, Djodi pointe à l’étable et détache la série de bœufs et de vaches qu’il conduit hors de l’étable en pied de sorgho. Il accompagne les bœufs au pâturage. C’est son métier hérité de son père décédé de choléra il y a dix ans. « Ce jour –là, alors que l’infirmier avait prescrit des médicaments que nous avons achetés, mon père a rendu l’âme. Le ciel était tombé sur nos têtes.

Les ravages du choléra et des maladies diarrhéiques sont dus à l’hygiène et l’assainissement. Les hommes et les animaux cohabitent et n’ont pour toute latrine que la nature. L’absence d’eau potable et le pâturage obligent les peuls à boire plus souvent les eaux des marigots et des rivières. Ils boivent aussi parfois le lait directement des mamelles des vaches. Le choléra et autres maladies d’hygiène sont monnaie courante dans les camps peuls.

Selon une enquête du ministère de la santé du Bénin, 68 des 88 cas de choléra enregistrés en 2006 viennent du département de l’Alibori où se situe Kandi, un des bastions des peuls. Le choléra et la méningite caracolent en tête des maladies à potentiel épidémique et plus de la moitié des décès liés aux maladies diarrhéiques sont issues des quatre départements du nord Bénin.

Vivement RIO+20!

La sauvegarde des forêts va permettre d’éloigner la désertification donc de conserver les réserves en eau. Les feux de brousse sauvage, l’agriculture sans égard pour les arbustes qui sont ravagés afin de faciliter le labour ainsi que les pesticides chimiques de synthèse qui tuent les herbes, accélèrent la croissance des jeunes plants et du rendement mais qui tuent à petits coups les sols donc donnent un coup de main à la désertification qui, elle, prive tout le monde d’eau.

Quand j’ai parlé de RIO+20 à Djodi et lui ai demandé quels sont ses espoirs, il s’est emballé. RIO+20 leur permettrait-il d’espérer un jour d’abreuver leur troupeau sans quitter d’un pas leur camp parce que la rivière s’assèchera plus ? Ah, qu’ils adoreraient revoir la verdure et la richesse de cette forêts qui jadis nourrissait hommes, femmes et troupeaux, et qui, à présent, est si pauvre et si démunie de ressources naturelles !

RIO+ 20 aidera-t-il à sermonner les dévastateurs de forêts, à éviter l’assèchement des cours d’eau et, au besoin à transformer ceux-ci en eau potable et dire adieu au choléra? Quelle aubaine se serait ! Quelle alouette rôtie du ciel que ce RIO+20 ! Que les dirigeants de tous les pays se hâtent à y aller et à signer la déclaration finale de ce sommet sur le développement durable ! Que lui aussi s’est déjà lavé, a mis sa plus belle tunique et est prêt à monter sur l’un de ses bœufs pour se rendre à RIO et signer ce fameux document ! Si au bout d’un seul geste il peut retrouver l’eau et s’éloigner du choléra, Dieu, qu’on arrête de le faire attendre et qu’on fasse RIO+20 tout de suite! Wow, qu’ils tiennent maintenant le bon bout !

« Bravo, lui ai-je répliqué, mais avant toute chose, il faut se laver les mains au savon avant tout repas, après être allé à la selle et tenir les latrines à au moins 20 mètres des habitations ! »

« Ah bon, m’a-t-il lancé, et qui nous achète les savons ? RIO+20 ? Qui construit les latrines  et pour qui croiraient-ils les avoir construites? »

Clair que les campagnes de lavage de main ou autour de l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement n’ont pas une très grande pénétration dans les milieux excentriques. Dans l’élaboration des politiques de développement, les gouvernants, les ONG et les médias ont fort à faire pour adresser les déterminants sociaux de la santé à commencer par des projets de plaidoyer en vue de changement de comportement face à l’hygiène et l’assainissement et ses impacts sur la santé dans les milieux excentriques.

Pacôme Tomètissi