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Cotonou, quand insuffisance d’hygiène rime avec pauvreté.

Published on: 11/10/2011

A Cotonou, dans les bas-fonds situés dans les quartiers populaires, les habitants sans latrines, se soulagent dans les eaux stagnantes avoisinantes. Nous sommes à Fifadji, un quartier populaire de Cotonou, au Bénin. Il est douze heures et Sèdami, vient d’acheter quatre boules d’akassa (mets à base de farine de mais). Elle les sort d’un sachet [...]

A Cotonou, dans les bas-fonds situés dans les quartiers populaires, les habitants sans latrines, se soulagent dans les eaux stagnantes avoisinantes.

Nous sommes à Fifadji, un quartier populaire de Cotonou, au Bénin. Il est douze heures et Sèdami, vient d’acheter quatre boules d’akassa (mets à base de farine de mais). Elle les sort d’un sachet en plastique de couleur qui ira rejoundre d’autres qu’elle avait déjà conservé. C’est dans ces sachets qu’au flanc de leur maison elle, son mari et ses six enfants défèquent avant de jeter les fèces dans la petite brousse qui orne l’eau qui les entoure.

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Comme Sèdami, certains des habitants des zones aux alentours des bas-fonds défèquent en plein air. Selon elle, dans ces zones, l’eau inonde toutes les  fosses creusées empêchant ainsi d’en faire des latrines. « On a dû transformer notre latrine en construction en une poubelle » explique-t-elle.

 Le voisinage des extrêmes

Juste en face de Sèdami habite Dadjè. Devant sa maison de deux pièces, se dressent des latrines puantes. « Ici, la défécation en plein air est une pratique habituelle ; mais moi j’ai fait l’effort de construire des latrines » explique Dadjè. Durant la saison pluvieuse, les latrines sont pleines d’eau, au point de déborder. « Dans ces conditions, les populations n’ont  pas d’autre choix que de déféquer à l’air libre » conclut-il.

Non loin de ces deux voisins au niveau de vie plus ou moins proches, il y a Dossè, un homme d’affaire qui a construit une maison à étage avec des toilettes. C’est dans cette maison qu’il vit avec ses enfants et ses deux épouses. Selon lui, les voisins sont sales et ne veulent pas changer. « D’abord, explique t-il, ils ne veulent pas construire des latrines. Or si moi je l’ai fait c’est qu’eux aussi peuvent. Ensuite, ils ne veulent pas aller vers les latrines publiques. Entre paresse et saleté ils se sont découverts un mode de vie merveilleux ! Bravo ! Et dès que les bas-fonds seront remplis de fèces, que feront-ils ? Inonder les places publiques d’excréments ? Quel beau suspens! »

Pour Sèdami, ce n’est ni la paresse, ni la passion pour la saleté qui les animent. Il n’est tout simplement pas facile de faire autrement. « Les latrines publiques sont à plusieurs kilomètres et avant de vous mettre à l’aise, vous devez  non seulement parcourir cette distance, mais payer 25 F CFA (1 Euro équivaut à 655 fcf a environ). Or, il nous arrive d’avoir à peine les moyens de nous acheter une bassine d’eau potable qui coûte 25 F CFA » insiste Sèdami.

Le 21 juillet 2011, la mairie de Cotonou a encore mis en service  -  avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement  (UNDP – en anglais)-  à travers le projet ‘’Promotion des toilettes publiques et reboisement des artères dans la ville de Cotonou’’. d’un coût global de 265413 dollars des modules de toilettes publiques dans plusieurs quartiers de la ville. A l’inauguration des latrines, le maire, Nicéphore Soglo a insisté sur le volet entretien de ces infrastructures. Mais entre la disponibilité des latrines, leur entretien et leur usage efficient, il y a un pas en matière d’éducation à l’hygiène et l’assainissement que la municipalité doit franchir, notamment dans les bidonvilles où le manque ou l’insuffisance d’hygiène rime avec la pauvreté.

 

Auteur : Pacôme Tomètissi