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A Darsalam, pas de latrine, pas de parcelle

Published on: 18/07/2011

Le village de Darsalam est comme son nom l’indique un havre de paix situé dans la zone périurbaine de l’arrondissement de Sig-noghin à Ouagadougou. A l’instar d’autres villages rattachés à Ouagadougou, Darsalam a bénéficié de plusieurs projets de subvention de latrines. Malgré ces appuis, le taux de couverture en assainissement restait très bas. Le déclenchement [...]

Le village de Darsalam est comme son nom l’indique un havre de paix situé dans la zone périurbaine de l’arrondissement de Sig-noghin à Ouagadougou. A l’instar d’autres villages rattachés à Ouagadougou, Darsalam a bénéficié de plusieurs projets de subvention de latrines. Malgré ces appuis, le taux de couverture en assainissement restait très bas. Le déclenchement de l’approche Assainissement Total Porté par les Communautés (ATPC) en 2010 a permis de responsabiliser la population à la prise en charge de son assainissement et d’aboutir à un taux de couverture de 130%.

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« Avant, les partenaires venaient construire les latrines et repartaient aussitôt. Nous ne comprenions pas réellement l’importance de telles infrastructures pour notre vie » explique Saïdou Kouanda, conseiller municipal du village de Darsalam, témoin de plusieurs projets de subvention de latrines. Parmi ces projets, se comptaient ceux conduits par WaterAid Burkina Faso depuis 2007  jusqu’en 2010.

« Malgré notre appui, les populations ne s’engageaient pas totalement pour l’amélioration de l’assainissement. Cela se manifestait par le manque d’entretien des ouvrages, peu de ménages prenaient l’initiative de financer eux-mêmes la construction de leur latrine» déclare Clarisse Baghnyan, Chargée de projets à WaterAid au Burkina Faso.

Face à cette situation, WaterAid Burkina Faso en collaboration avec son partenaire de mise en œuvre SOS Sahel International a décidé de changer d’approche en 2010 en déclenchant dans le village l’Assainissement Total Porté par les Communautés. L’ATPC consiste à accompagner les communautés à comprendre les risques liés au manque d’assainissement et à envisager des solutions par elles-mêmes. Par ce biais, une cinquantaine de latrines est construite par les populations en une année contre 39 latrines acquises essentiellement grâce aux différentes subventions.

Une latrine, vingt ans après !

Mahamadi Kouanda natif et résident de Darsalam, a réalisé sa latrine familiale l’année dernière soit vingt ans après la construction de sa concession. « J’attendais de bénéficier d’une latrine subventionnée comme d’autres. Je ne savais pas que je pouvais le faire moi-même. D’ailleurs, je ne comprenais pas l’importance d’en construire » argumente ce chef de ménage d’une dizaine de personnes. « Mais après avoir participé à plusieurs sessions d’échange sur l’assainissement, j’ai compris qu’avoir une latrine c’est avant tout protéger sa santé ». La dégradation de l’état de santé de sa mère a aussi favorisé ce changement. « Ma mère étant très âgée et malade, ne pouvait plus se déplacer derrière les buissons pour déféquer. J’ai donc décidé de construire une latrine dans la concession, près de sa chambre pour lui faciliter la tâche ».

Leaders religieux, des acteurs incontournables

La taille moyenne, la démarche sereine, Ablassé Kouanda, l’Imam de Darsalam, tout de blanc vêtu, impose le respect. En le voyant arrivé, tout le monde se précipite pour lui serrer la main. « Nous l’avons surnommé « monsieur propre » parce qu’il porte toujours des vêtements blancs immaculés. Il a horreur de la saleté », explique avec fierté Mahamadi Kouanda.

Ce n’est donc pas un hasard si l’Imam constitue la figure de proue de l’hygiène et l’assainissement. Il motive, encourage et impulse le changement de comportement. Dans cette communauté composée en majorité de musulmans, les responsables religieux bénéficient d’écoute et de respect. « Nous avons décidé de parler de l’hygiène et de l’assainissement lors de tous les rassemblements religieux et des cérémonies. Cette démarche apporte des changements positifs dans le village en matière de respect des règles d’hygiène et d’assainissement», constate Ablassé Kouanda.

Daourou Souleymane, l’enseignant à l’école franco-arabe de Darsalam joue également le rôle d’hygiéniste communautaire. Après les classes, il organise des animations dans les concessions et dans les lieux publics.

Un combat collectif

A Darsalam, toutes les concessions se sont engagées à construire, à utiliser une latrine et à mettre fin à la défécation à l’air libre. La communauté exige que toute personne qui désire s’installer dans le village construise une latrine avant de se voir octroyer une parcelle.  Le mot d’ordre  « Pas de latrine, pas de parcelle » s’applique à tous. «  Quand  j’ai demandé  à m’installer dans ce village, le conseiller m’a  soumis une seule condition : la réalisation d’une latrine », nous explique Issaka Kouanda . Sur sa parcelle en effet, se tiennent  deux maisons inachevées, la latrine, elle, déjà fonctionnelle se situe à l’entrée  de la concession.

Aussi la communauté s’organise t- elle pour    assister    les     personnes indigentes dans le creusage des fosses,   l’achat des matériaux et la réalisation des ouvrages. Saïdou Kouanda ,  conseiller    municipal du village pense qu’il est du devoir de la communauté de prendre en charge ces personnes vulnérables pour éviter que certaines personnes  ne défèquent dans la nature.  

 « Au départ, nous les habitants de Darsalam, pensions qu’avoir une latrine dans sa propre concession était suffisant. Mais nous avons compris que si une personne dispose d’une latrine dans sa concession et que son voisin n’en a pas, les excrétas déposés dans la nature par ce dernier  seront transportés chez elle par le vent, les  mouches et les eaux de pluies, réduisant ainsi son effort à néant ». Cette assertion de l’hygiéniste résume les raisons de l’engagement collectif de la communauté de Darsalam.

Par : Inna GUENDA SEGUEDA, Chargée de communication/ WaterAid au Burkina Faso